Après Ulysse, Télémaque !

Depuis cet été se prépare le nouveau volet du « Projet Odyssée », rebaptisé « C Personne ». Après nous être attachées à Ulysse, nous continuons notre périple au long cours en nous penchant sur le destin de Télémaque
Ce nouveau projet, T/u (« T » pour Télémaque et « u » pour Ulysse) sera l’occasion, d’aller plus loin dans l’exploration de l’Odyssée en croisant l’univers plastique et visuel d’Emmanuelle Trazic de la  compagnie CoMca (marionnette bunraku, théâtre d’objet, théâtre d’ombre…) avec ma parole contée et rythmée.

Pour nous accompagner dans cette nouvelle aventure, il y aura bien sûr Olivia Machon de la compagnie Sublime Théâtre, notre oeil extérieur et ô combien complice et aussi Olivier Lerat, conteur-slameur, compositeur de la musique et oreille extérieure nécessaire !
Le travail est en cours grâce au soutien du Théâtre du Hublot, à Colombes qui nous fait confiance et nous propose de présenter des étapes de notre recherche, dans des appartements, tout au long de la saison 2015-16.
En attendant, que Télémaque sorte de l’ombre de son père, un petit croquis d’Emmanuelle pour donner envie d’en voir plus.

         


A la rencontre de Pieds d’or aux Essarts le Roi

 
Photo : B. Lecussan    Valérie présente la rencontre 
Invitée par la bibliothèque Sheila Choisne des Essarts le Roi, j’ai rencontré deux classes de CM2 vendredi 29 mai, autour de mon métier de conteuse, ou comment je passe de l’écrit à l’oral.
J’ai, entre autre, évoqué la différence entre le lecteur qui lit une histoire ou un album, le comédien qui apprend un texte et l’interprète et le conteur qui s’empare de la trame d’un conte pour le rêver et le raconter avec ses mots, son corps, sa voix…

Photo : B. Lecussan     Des questions ! Des questions !
Parler de mon métier est une chose, le rendre concret en est une autre : j’ai choisi de conter l’histoire que je suis en train de travailler : « Pieds d’or ».
Ce conte merveilleux de Gascogne est long et la fin est encore en chantier, je n’ai donc pas raconté toute l’histoire aux élèves venus ce jour-là, à la bibliothèque. Le matin, j’ai conté la première partie, celle où l’on fait connaissance du héros et du forgeron de Pont-de-Pile. L’après-midi, j’ai conté en plus la deuxième partie, celle où l’apprenti forgeron se rend au château du roi des Sept Iles pour réaliser les bijoux de la fille aînée.
Les classes n’ont donc pas entendu la fin du conte ! Je sais, c’est dur mais cela faisait parti de la rencontre et les élèves ont tout à fait perçu les moments encore en chantier ; les images qui n’étaient pas claires ou pas assez précises ou bien avec lesquelles je ne suis pas très à l’aise….
Après leur avoir conté ma version de « Pieds d’or » et puisqu’il était question de l’aller-retour entre l’écrit et l’oral, je leur ai lu un extrait de chacune de versions écrites sur lesquelles j’ai travaillé : celle de Jean-François Bladé et celle de Fanette Pézard.
Les extraits se situent au tout début de conte, au moment où le héros va voir le forgeron de Pont-de-Pile pour entrer en apprentissage chez lui. Avant d’être apprenti, il faut le mériter !

Jean-François Bladé :
« Le garçon entra dans la boutique, sans peur ni crainte.
– Garçon, prouve-moi que tu es fort.
Le garçon prit une enclume de sept quintaux, et la jeta dehors à plus de cent toises.
– Garçon, prouve-moi que tu es adroit.
Le garçon s’en alla devant une toile d’araignée, qu’il dévida et pelotonna d’un bout à l’autre, sans jamais casser le fil.
– Garçon, prouve-moi que tu es hardi.
Le garçon ouvrit la porte de la roue, où vivait enfermé, nuit et jour, le loup noir grand comme un cheval, qui faisait marcher le soufflet de forge. Aussitôt, le loup s’élança. Mais le garçon le saisit en l’air par le cou, lui coupa la queue et les quatre pattes sur une enclume, et le brûla vif au feu de la forge. »

Photo : B. Lecussan           Moment de lecture (Bladé)
Fanette Pézard
« – Voici un petit lingot de fer, à midi je veux qu’il soit large comme un lit, brillant comme un étang et mince comme une feuille de peuplier. Je te laisse.
Et l’apprenti resta seul devant un lingot qui lui arrivait à la taille. A midi, une plaque de fer était appuyée contre le mur, mince comme une feuille de peuplier, brillante comme un étang, large comme un lit. […]
– Voici un lingot d’or. Avant le lever de la lune, il doit être transformé en une chaîne fine comme un cheveu et longue d’une quart de lieue. Je te laisse.
Et l’apprenti resta seul , tenant dans le creux de sa main un lingot d’or gros comme une noix. Le soir, une chaîne longue d’un quart de lieue et fine comme un cheveu était enroulée devant le feu. […]
– Voici un morceau de cuivre. Je veux qu’avant l’aurore tu me fasses un bracelet souple comme  un copeau, qui puisse aller à la main d’un nouveau-né aussi bien qu’à la mienne. Je te laisse.
Et l’apprenti resta seul avec un morceau de cuivre gros comme une noisette. A l’aurore, le bracelet était fini, enroulé sur lui-même comme un serpent et souple comme un copeau. […] »
Il m’a fallu me détacher de la version de Pézard, que mes parents me lisaient lorsque j’étais enfant. Elle était trop littéraire et le héros savait déjà tout faire avant d’entrer en apprentissage, cela ne me convenait pas… Ceci dit, il m’a fallu aussi prendre du recul par rapport à celle de Bladé car les épreuves étaient trop fortes, je n’arrivais pas à y croire. Il me faut trouver mon propre chemin dans cette histoire.

Ces deux nouvelles rencontres avec les classes m’ont permis d’aller plus loin dans le conte de « Pieds d’or », la suite va se forger petit à petit pour qu’en janvier, à Vernon, je puisse raconter la fin de ce conte qui chemine en moi depuis si longtemps.
Un grand merci aux bibliothécaires (Valérie, Bérengère et Maud) des Essarts le Roi pour leur accueil, leur écoute et l’idée du projet autour du conte.
Merci également aux deux classes de CM2 qui ont joué le jeu de cette « rencontre en cours ».

Nathalie 

Pieds d’or

 
En cette fin d’un mois de mai humide et froid, je me remets en quête du forgeron de Pont-de-Pile et de son apprenti, quittant pour quelques jours Ulysse et ses compagnons.

Grâce à un projet conte mené en collaboration avec la bibliothèque de la ville des Essarts-le-roi, je rencontre, vendredi prochain, deux classes de CM2. Je leur parlerai de mon métier de conteuse-rêveuse et à cette occasion je sortirai « Pieds d’or » de ma forge intérieure. Il sera tout chaud et encore un peu titubant sans doute. Je ne sais pas jusqu’où il ira : entrera-t-il dans le château du roi ? Rencontrera-t-il la jeune princesse ?….
Suite la semaine prochaine !
Nathalie
Notre équipage a une nouvelle fois accosté sur les plages du collège André Chenier à Eaubonne (que nous avions déjà visité l’année dernière pour un stage ombre et conte), cette fois-ci nous avions un nouveau partenaire, le théâtre de l’Orange bleue d’Eaubonne, et bien sûr toujours la Maison du Geste et de l’Image et le conseil général du Val d’Oise.
La classe de 6ème encadrée par leurs professeurs d’art plastique et de français (respectivement Céline Lestoquard et Caroline Cosson), s’est embarqué dans une aventure de théâtre gestuel (avec Olivia Machon), marionnettes et vidéo (avec Emmanuelle Trazic), entre réel et irréel.
Dans la grotte du cyclope
Le cap a tenir était ambitieux: story-board, fabrication d’accessoires et de marionnettes, tournage des videos, travail d’interprétation corporel et vocal, travail de manipulation, et interaction du jeux au plateau avec les vidéos projetées… Sans compter les magnifiques textes qu’ils avaient produits avec leur professeur de français avant notre arrivée et qu’Olivia a mis en scène.
Sur le navire, il faut ramer !
Pour aboutir à un magnifique spectacle sur le grand plateau de l’Orange bleue, auquel ont pu assister deux 6ème du collège ainsi que deux classes de CM2 de la ville. Un grand merci à toute l’équipe du théâtre (et particulièrement l’équipe technique) pour leur accueil, et a celle du collège qui s’est mobilisée autour du projet.
A l’approche des sirènes
Sacré aventure! Une fois de plus, j’en ressors stupéfaite de ce que les élèves sont capables de produire et de l’énergie qu’ils engagent pour atteindre l’objectif qu’on croit toujours avoir fixé « un peu haut ».
J’avoue aussi que j’en ressors chaque fois impressionnée par les enseignants, leur mobilisation autour des projets et surtout leur foi qui semble inébranlable.
Bravo à tous et bon vent!
                                                                      Emmanuelle

Tout est bien qui fini bien !

Voilà, Ulysse est rentré chez lui, à Ithaque. Il a retrouvé son fils, Télémaque et sa femme, Pénélope.
Quand à nous, nous avons retrouvé la terre ferme, le sol ne tangue plus sous nos pieds et la prochaine traversée sera à Cormeilles-en-Parisis, le samedi 20 juin, mais ça, c’est une autre histoire, celle d’Ulysse sur la Baleine finie ici.
Merci Stéphane !
Stéphane c’est celui dont on voit les pieds !!!

Les deux dernières traversées !

Zeus c’est amusé avec ses nuages gris et pluvieux

Extraits du carnet de bord…

Merci à tout ceux et celles qui ont participé à nos voyages sur la Seine

Mardi 28 : quatorzième traversée

Florilèges de mots, de dessins et de Sirènes des deux dernières traversées :

Photo : S. Perra                                Et florilège de Sirènes

Lundi 27 avril : treizième traversée

Le ventre de la baleine avant l’embarquement
Etait-ce l’effet du treizième voyage ou bien un coup de Poséidon, nous ne le saurons sans doute jamais  mais cette treizième traversée fut plein de surprises ! Heureusement pour nous aider à affronter les coups du sort, plus de 80 mousses avaient répondu à l’appel ! 
Une fois tout le monde installé dans le ventre de la baleine, nous avons pu prendre la mer.
Au début tout c’est bien passé : nous sommes allés rendre visite à la belle Circé, puis sommes passés non loin de l’îlot des Sirènes pour nous arrêter chez les Lotophages
Le parcours du jour avec 2 bateaux-vent
Jusque là, aucune perte à déplorer, c’est après que ça c’est corsé et que tout est parti en eau de Poséidon… Les Lestrygons se sont jetés sur nos éclaireurs puis une tempête nous a jeté loin des rivages d’Ithaque après notre passage chez Eole, nous jettant tout droit dans la passe entre Charybde et Scylla.
Comment pouvait-on espérer s’en sortir ?… Les pertes ont été lourdes, très lourdes…
Heureusement que le printemps est là et que la nature nous le rappelle :
L’événement du jour : la cane a eu ses petits canetons !!!

Jeudi 23 avril : onzième traversée

Le parcours du jour, sur toile

Depuis plusieurs jours soleil et ciel bleu.
Parfois une petite brise pour gonfler les voiles mais le plus souvent : pétole !
Heureusement que nos six vents sont là pour faire avancer le navire d’île en île sinon nous resterions à quai.
Cette fois-ci encore Eole n’a pas fait parti du voyage, ses fils le bouderaient-ils ? La mythologie est souvent une affaire de famille…
Toujours est-il que nous avons commencé notre voyage en bien bonne compagnie : chez la belle Circé. Nous avons pu reprendre des forces, quelques peu épuisées par 10 années de guerre. Avant de reprendre le chemin, la magicienne nous a donné de la cire pour boucher nos oreilles et ne pas succomber aux chants des Sirènes. Par contre elle ne nous avait rien dit à propos des Lestrygons, ces géants mangeurs de marins… 
Nous avons pleuré nos premières pertes depuis la guerre de Troie et c’est le coeur lourd que nous avons continué, poussé par nos vents, en direction d’Ithaque la rocheuse. Nous sommes entrés dans une passe étroite, encadrées par deux immenses rochers, c’étaient Charybde et Scylla… Nous n’avons pu en réchapper qu’en y laissant plusieurs de nos compagnons avalés par la terrible Scylla. L’île suivante a été plus clémente : les Lotophages sont d’aimables mangeurs de fleurs peut-être un peu oublieux. Si Ulysse ne nous avait pas rappelé le but de notre voyage nous serions devenus aussi des mangeurs de lotos. Mais le destin nous attendait et le Cyclope aussi…